Une injection intravitréenne (IVT) est souvent appréhendée avant la première séance. Dans la pratique, c’est un geste rapide, sous collyre anesthésique, qui dure moins de 5 minutes. Voici ce que vous allez vivre concrètement, des heures qui précèdent aux 24 heures qui suivent, pour aborder le jour J en connaissance de cause. Pour les aspects techniques (molécules, indications, protocoles), consultez la page dédiée aux injections intravitréennes.
Les jours qui précèdent : anticiper sereinement
La crainte la plus fréquente avant une première IVT est celle d’« une piqûre dans l’œil ». Elle est légitime et souvent disproportionnée par rapport à la réalité de l’acte. Le cerveau anticipe une douleur vive que l’anesthésie locale (collyre) élimine presque totalement. Cette appréhension diminue nettement dès la deuxième injection, une fois l’expérience vécue.
Dans les jours qui précèdent, quelques points pratiques à anticiper :
- Ordonnance — vérifier qu’elle est à jour (certains centres demandent une ordonnance nominative récente pour la molécule).
- Papiers administratifs — carte Vitale, mutuelle, éventuelle prise en charge ALD (affection de longue durée) si diabète ou DMLA exsudative.
- Transport — la vision sera floue pendant quelques heures. Privilégier un accompagnant ou un taxi pour le retour, surtout pour la première IVT. La conduite le jour même est déconseillée.
- Traitements en cours — continuer vos médicaments habituels, y compris les anticoagulants (hors indication spécifique contraire de votre cardiologue). L’IVT n’oblige pas à arrêter un anticoagulant bien équilibré.
Beaucoup de patients me disent que savoir précisément ce qui va se passer est la meilleure préparation émotionnelle. C’est ce que cet article vise à vous apporter.
Le matin de l’injection : quoi faire, quoi éviter
Contrairement à une chirurgie, vous n’êtes pas à jeun. Prenez un petit-déjeuner normal, vos médicaments habituels, votre café. L’IVT se fait sous anesthésie locale par collyre : pas de sédation, donc pas de contrainte alimentaire.
- Collyres en cours — poursuivez vos traitements du glaucome ou de la surface oculaire le matin comme d’habitude, sauf consigne particulière.
- Maquillage et lentilles — évitez le maquillage des yeux le jour de l’IVT. Si vous portez des lentilles, prévoyez vos lunettes pour la journée.
- Douche et hygiène — douche habituelle, pas de précaution particulière côté hygiène. L’asepsie sera assurée au cabinet juste avant l’injection.
- Arrivée au cabinet — prévoir 15 à 30 minutes d’avance pour l’enregistrement, les éventuels collyres dilatants préalables, et permettre à l’anesthésique local d’agir pleinement.
Conseil pratique
Apportez vos lunettes de soleil pour le retour. Votre œil sera sensible à la lumière pendant quelques heures, et la pupille peut rester dilatée si des collyres préparatoires ont été utilisés. Si c’est votre première IVT, un accompagnant est vraiment recommandé.
Dans la salle : les sensations précises, minute par minute
Vous êtes installé en position semi-allongée. Voici la séquence complète, telle que vous allez la vivre :
- 1 — Collyres anesthésiques (répétés 2 à 3 fois à quelques minutes d’intervalle). Vous sentez d’abord une légère piqûre, puis l’œil devient insensible. La sensation dominante : « l’œil est engourdi ».
- 2 — Nettoyage antiseptique à la povidone iodée (Bétadine®). Solution marron appliquée autour et dans l’œil. Léger picotement transitoire. C’est l’étape la plus désagréable pour beaucoup — elle est bien encadrée.
- 3 — Blépharostat — petit écarteur en plastique qui maintient les paupières ouvertes pour que vous n’ayez pas à « forcer » à garder l’œil ouvert. Pression non douloureuse, gênante quelques secondes le temps de s’y habituer.
- 4 — L’injection elle-même — je vous demande de regarder vers une cible précise. Vous ressentez une brève pression pendant environ 5 secondes. Pas de douleur vive — grâce à l’anesthésique. Vous ne voyez pas l’aiguille venir : le champ visuel est dirigé ailleurs.
- 5 — Retrait du blépharostat, rinçage au sérum physiologique. Soulagement immédiat.
- 6 — Contrôle de la pression intra-oculaire et de la perception de la lumière pendant 5 minutes. Vous pouvez ensuite repartir.
Durée totale : 5 à 10 minutes entre l’entrée en salle et la sortie. L’injection en elle-même dure quelques secondes. La plus grande partie du temps est consacrée à l’asepsie — c’est elle qui conditionne la sécurité documentée du geste.
À retenir
L’acte dure environ 5 secondes, dans un temps total de 5 à 10 minutes. Grâce au collyre anesthésique, il n’y a pas de douleur vive. La sensation dominante est une brève pression, rapidement oubliée.
Juste après : les deux premières heures
Votre vision est floue, voilée — sensation souvent décrite comme « regarder à travers un brouillard » ou « à travers un filtre ». C’est normal et transitoire, lié au mélange entre la molécule injectée (aflibercept, faricimab, ranibizumab…) et l’humour vitréen, ainsi qu’à la dilatation pupillaire éventuelle.
Autres sensations fréquentes et bénignes dans les 2 à 24 heures :
- Une « bulle » ou tache sombre au centre du champ, parfois mobile — c’est la petite bulle d’air injectée avec la molécule, ou une petite goutte d’anti-VEGF. Elle remonte en quelques heures et disparaît en 24 h.
- Sensation de grain de sable dans l’œil — liée au nettoyage antiseptique et au passage de l’aiguille dans la conjonctive. Larmes artificielles en soulagement si besoin.
- Petite rougeur au point d’injection (coin externe de l’œil), parfois avec une tache hémorragique sous-conjonctivale rouge vif. Spectaculaire mais sans gravité, régresse en 7 à 10 jours.
- Photophobie — la lumière paraît agressive. Lunettes de soleil recommandées.
À éviter les premières heures : frotter l’œil, se maquiller, porter des lentilles, nager, aller à la piscine ou au jacuzzi. Reprendre les collyres habituels selon votre ordonnance post-injection.
Les 24 heures suivantes : signes normaux vs alarmants
Signes normaux (fréquents)
- Vision qui redevient claire progressivement sur 6 à 12 heures.
- Légère gêne de surface, sensation de grain de sable.
- Rougeur localisée au point d’injection, parfois associée à une petite hémorragie sous-conjonctivale sans gravité.
- Présence de petits corps flottants mobiles dans le champ visuel (molécule en dispersion dans le vitré).
- Légère photophobie qui cède en 24 h.
Signes alarmants : contacter immédiatement
Quand consulter en urgence
- Douleur intense, croissante, non calmée par les antalgiques simples
- Baisse visuelle brutale ou progressive au-delà de 24 h
- Éclairs lumineux répétés, voile sombre nouveau, rideau noir
- Œil très rouge avec écoulement purulent
- Fièvre associée à une gêne oculaire
Ces signes peuvent évoquer une complication rare mais grave : l’endophtalmie post-IVT (incidence estimée à environ 1 sur 2 000 à 5 000 injections). Elle se prend en charge en urgence. Ne pas attendre le lendemain : appeler sans délai, rejoindre les urgences ophtalmologiques du CHNO des Quinze-Vingts ou de l’Hôtel-Dieu à Paris.
Retour à la vie normale : quand ?
- Conduite — pas le jour même (vision floue, pupille éventuellement dilatée). Reprise possible le lendemain matin si la vision est redevenue claire.
- Travail de bureau — possible dès le lendemain. Pas d’arrêt de travail systématique.
- Travail physique ou en extérieur — 24 à 48 h pour éviter tout traumatisme direct.
- Sport léger — dès le lendemain (marche, vélo).
- Sport intense, sports de contact — 48 h.
- Piscine, jacuzzi, sauna — 7 jours (risque d’infection de la surface conjonctivale par contact).
- Avion et altitude — aucune contre-indication pour l’IVT seule (à la différence de la vitrectomie avec tamponnement gazeux).
La plupart des patients retrouvent un confort normal en 24 à 48 h. Les patients diabétiques avec suivi glycémique régulier continuent leur traitement et leur suivi habituels. Pour la DMLA exsudative et la rétinopathie diabétique, les IVT s’inscrivent dans un protocole sur plusieurs mois.
Questions fréquentes : le vécu en pratique
Prendre rendez-vous — Diabet’ Paris 13 ou Cachan
Injection intravitréenne au Diabet’ Paris 13 (12 Rue du Moulin des Prés) ou au cabinet de Cachan. Bilan OCT systématique avant chaque séance. Prise de rendez-vous en ligne ou par téléphone.
Sources
- Rifkin L, Schaal S. Factors affecting patients’ pain intensity during in office intravitreal injection procedure. Retina. 2012;32(4):696-700. PMID : 21921863. Étude prospective sur la tolérance douloureuse des IVT (score VAS) — perception globalement faible sous collyre anesthésique.
- Fileta JB, Scott IU, Flynn HW Jr. Meta-analysis of infectious endophthalmitis after intravitreal injection of anti-vascular endothelial growth factor agents. Ophthalmic Surg Lasers Imaging Retina. 2014;45(2):143-9. PMID : 24635156. Méta-analyse sur l’incidence de l’endophtalmie post-IVT — estimation de 1 sur 2 000 à 5 000 injections selon les protocoles d’asepsie.
- Grzybowski A, Told R, Sacu S, et al. 2018 Update on Intravitreal Injections: Euretina Expert Consensus Recommendations. Ophthalmologica. 2018;239(4):181-193. PMID : 29393226. Recommandations européennes (Euretina) sur la pratique sécurisée des IVT.
Ce contenu décrit le vécu habituel d’une IVT, tel que je le commente en consultation préparatoire. Chaque situation est individuelle et doit être évaluée avec votre ophtalmologiste.