Implant multifocal et DMLA ou glaucome : puis-je en bénéficier ?
Vous avez une DMLA débutante ou un glaucome, et l’on vous propose une opération de la cataracte : pouvez-vous choisir un implant multifocal pour vous passer de lunettes ? La réponse mérite de la nuance. Les implants premium (multifocal, EDOF) offrent une belle autonomie visuelle, mais leur principe optique répartit la lumière entre plusieurs foyers, ce qui abaisse la sensibilité aux contrastes. Sur un œil dont la macula ou le nerf optique est déjà fragilisé, cette baisse compte davantage. Voici comment se pose, concrètement, la question de l’éligibilité, lors du bilan préopératoire.
COMPRENDRE
Comment fonctionne un implant multifocal, et pourquoi cela change tout ?
Un implant monofocal ne crée qu’un seul foyer : il vous rend une vision nette à une distance, généralement de loin, et vous portez des lunettes pour lire. Un implant multifocal ou un implant EDOF vise à réduire cette dépendance aux lunettes en offrant plusieurs zones de netteté. Cette autonomie a une contrepartie optique qu’il faut comprendre avant de choisir.
Le principe des implants diffractifs est de partager la lumière entrante entre deux foyers ou plus. Chaque foyer reçoit donc une fraction de l’énergie lumineuse disponible. Résultat : à chaque distance, l’image est un peu moins contrastée qu’avec un monofocal qui, lui, concentre toute la lumière sur un seul plan. C’est un compromis assumé, pas un défaut de fabrication.
Cette baisse de la sensibilité aux contrastes est bien documentée. La revue de Grzybowski et coll. (PMID 31955239) rappelle que les optiques multifocales diminuent le contraste rétinien et peuvent générer des phénomènes lumineux comme les halos, surtout la nuit. Sur un œil parfaitement sain, la rétine compense sans difficulté et le patient s’adapte. Le problème apparaît quand la rétine ou le nerf optique n’a plus cette marge.
Autrement dit, la question n’est pas « le multifocal est-il bon ou mauvais ? » mais « votre œil a-t-il la réserve visuelle nécessaire pour absorber ce compromis ? ». C’est exactement là que la DMLA et le glaucome entrent en jeu. Pour un panorama complet des options, vous pouvez consulter notre comparatif monofocal, multifocal et EDOF.
Qu’est-ce que la sensibilité aux contrastes ?
La sensibilité aux contrastes est la capacité à distinguer des nuances proches, un texte gris sur fond clair, un trottoir sous la pluie, un visage dans la pénombre. Elle est distincte de l’acuité visuelle mesurée sur un tableau de lettres noires. On peut lire 10/10 en plein jour et se sentir gêné dès que la lumière baisse. C’est ce paramètre, plus que l’acuité, que les implants multifocaux sollicitent.
Puis-je avoir un implant multifocal si j’ai une DMLA ?
En cas de maculopathie significative, l’implant multifocal est généralement déconseillé et le monofocal reste le choix par défaut. La revue de Grzybowski et coll. (PMID 31955239) souligne toutefois que cette contre-indication en maculopathie n’est pas fermement démontrée : elle repose surtout sur un raisonnement mécanistique et un consensus de prudence, pas sur des essais comparatifs solides.
Pourquoi cette prudence ? La DMLA, une membrane épi-rétinienne ou un œdème maculaire diabétique altèrent déjà le centre de la vision, la macula. Cette zone est précisément celle qui traite les détails fins et les contrastes. Si l’on ajoute la baisse de contraste liée au multifocal à une macula déjà fragilisée, le patient risque de ne pas obtenir le confort espéré, tout en ayant financé un implant premium.
Il faut aussi penser à l’avenir. La DMLA est une maladie évolutive. Un patient équipé d’un multifocal aujourd’hui pourrait voir sa macula se dégrader dans les années suivantes, avec un implant qui, à ce moment-là, pénalise davantage. C’est pourquoi le bilan intègre le pronostic, pas seulement l’état du jour. La forme de la maladie compte : une DMLA humide sous injections n’a pas le même profil qu’une DMLA sèche stable en simple surveillance.
Dans ces situations, l’objectif raisonnable redevient une bonne vision de loin nette avec le monofocal, complétée par des lunettes de près. C’est un objectif modeste en apparence, mais il protège la qualité de vision restante. Cela n’exclut pas, dans de rares cas de maculopathie très débutante et stable, une discussion individualisée, toujours encadrée par l’OCT.
L’OCT maculaire, l’examen qui tranche
L’OCT (tomographie par cohérence optique) est un examen rapide, sans contact et bien toléré qui photographie les couches de la rétine en coupe. Il détecte des anomalies maculaires invisibles à l’examen simple : drusen, œdème, membrane, atrophie débutante. Avant tout projet d’implant premium, l’OCT maculaire est incontournable. C’est lui qui objective la réserve visuelle réelle et oriente le choix de l’implant.
Et si j’ai un glaucome : le multifocal est-il possible ?
En cas de glaucome, la décision dépend surtout du stade et de l’atteinte du champ visuel. La revue systématique de Hong et coll. (PMID 37760095) identifie parmi les facteurs de sélection défavorables un glaucome avancé, un déficit du champ visuel central et une progression instable. Un glaucome débutant, bien contrôlé et stable ne ferme pas forcément la porte, mais un glaucome évolué invite à la prudence.
Le glaucome endommage le nerf optique et, avec lui, la transmission du signal visuel vers le cerveau. Comme la DMLA côté rétine, il réduit la marge de contraste disponible, mais par un autre mécanisme. Ajouter un implant multifocal, qui abaisse encore le contraste, sur un nerf optique déjà atteint expose à une déception visuelle. Les différents types de glaucome n’ont d’ailleurs pas le même retentissement.
Un point pratique mérite d’être signalé. Le suivi du glaucome repose en grande partie sur l’OCT du nerf optique et sur le champ visuel. Or certains implants premium et la modification de la vision qu’ils induisent peuvent compliquer l’interprétation de ces examens de suivi. C’est un argument supplémentaire, soulevé dans la littérature sur les examens de dépistage, en faveur d’une optique simple chez le patient glaucomateux qui devra être surveillé à vie.
Là encore, la conclusion n’est pas un « non » automatique, mais une hiérarchie. Glaucome évolué ou champ visuel central touché : monofocal fortement privilégié. Glaucome débutant, stable, périphérie seule atteinte : discussion possible, au cas par cas, en pesant le bénéfice attendu contre le risque de gêne.
Monofocal, EDOF ou multifocal : quel implant en cas de comorbidité ?
Le choix se hiérarchise selon la santé de la macula et du nerf optique. Les recommandations de l’American Academy of Ophthalmology (PMID 34780842) insistent sur une sélection individualisée du patient : les implants premium supposent des attentes réalistes et une rétine fonctionnelle. En présence d’une comorbidité oculaire significative, l’AAO invite à préférer les optiques qui préservent le contraste.
L’EDOF (profondeur de champ étendue) occupe une position intermédiaire. Son profil de halos nocturnes et de perte de contraste est en général un peu plus favorable que celui du trifocal, ce qui explique l’intérêt qu’on lui porte. Mais il partage lui aussi la lumière et exige une macula saine : ce n’est pas une solution de contournement de la DMLA. Nous détaillons ce point dans notre article sur les halos nocturnes après implant EDOF.
Le tableau ci-dessous résume les compromis. Il n’a pas valeur de prescription : votre situation se juge sur vos examens, pas sur une grille générale.
| Critère | Monofocal | EDOF | Multifocal / trifocal |
|---|---|---|---|
| Vision de près sans lunettes | Faible (lunettes de lecture) | Intermédiaire à correcte | Bonne, la plus autonome |
| Sensibilité aux contrastes | Préservée (référence) | Légèrement réduite | Réduite (partage de lumière) |
| Halos / éblouissement nocturne | Rares | Modérés | Plus fréquents |
| Tolérance si DMLA / maculopathie | Choix privilégié | Exige une macula saine | Généralement déconseillé |
| Tolérance si glaucome évolué | Choix privilégié | Prudence selon le stade | À éviter |
| Compatible astigmatisme | Oui (version torique) | Oui (version torique) | Oui (version torique) |
Notez la dernière ligne : quel que soit l’implant retenu, l’astigmatisme se corrige avec une version torique. Ainsi, un patient astigmate avec une DMLA reçoit typiquement un implant monofocal torique : vision de loin nette et corrigée, sans le compromis de contraste du multifocal.
Le monofocal n’est pas un lot de consolation
Il faut le dire clairement : choisir un monofocal en présence d’une comorbidité n’est pas renoncer à une bonne vision. C’est retrouver une vision de loin nette et un contraste préservé, ce qui, pour un œil déjà fragilisé, représente souvent le confort le plus fiable au quotidien. Les lunettes de lecture ne sont pas un échec mais un outil simple et fiable. Cette logique vaut aussi pour les patients sans comorbidité qui hésitent, comme l’explique notre page dédiée à l’implant multifocal et aux lunettes après 60 ans.
Comment se prend la décision, et où a lieu l’intervention ?
La décision se prend au bilan préopératoire, jamais par défaut. Les recommandations de l’AAO (PMID 34780842) posent la sélection du patient comme l’étape déterminante du succès d’un implant premium. Concrètement, cela suppose un examen complet de la rétine et du nerf optique, une mesure de vos attentes et une explication honnête des compromis avant tout engagement.
Le bilan préopératoire comprend systématiquement un OCT maculaire et, si nécessaire, une évaluation du nerf optique et du champ visuel. Ces examens répondent à une question simple : votre œil dispose-t-il de la réserve de contraste nécessaire pour tirer parti d’un implant premium sans en subir les inconvénients ? La réponse guide le choix, en pleine transparence avec vous.
Sur le plan pratique, la chirurgie de la cataracte et la pose de l’implant, quel qu’il soit, ont lieu à la Clinique Sainte-Geneviève (Paris 14). Les bilans et le suivi se déroulent au cabinet, à Cachan ou à Paris 13. Cette organisation permet de préparer la décision sereinement en consultation, puis de réaliser le geste dans un cadre chirurgical dédié.
EN PRATIQUE
Ce que vous pouvez retenir avant votre consultation : apportez vos comptes rendus d’OCT et de champ visuel si vous en avez, et venez avec vos questions. La bonne décision n’est pas celle qui promet le plus de lunettes en moins, mais celle qui protège votre vision sur la durée. Un implant premium mal placé chez le mauvais candidat crée une gêne durable ; un monofocal bien indiqué offre un confort solide.
Sources
- Grzybowski A et coll. « Multifocal intraocular lenses and retinal diseases », Graefes Arch Clin Exp Ophthalmol, 2020. PMID 31955239
- American Academy of Ophthalmology (AAO). « Cataract in the Adult Eye Preferred Practice Pattern », Ophthalmology, 2022. PMID 34780842
- Hong ASY et coll. « Premium Intraocular Lenses in Glaucoma — A Systematic Review », Bioengineering (Basel), 2023. PMID 37760095
La DMLA interdit-elle formellement l’implant multifocal ?
Non, il n’existe pas d’interdiction absolue démontrée par des essais solides. La littérature parle d’une prudence de bon sens : en cas de maculopathie significative, le multifocal est généralement déconseillé car il abaisse le contraste sur une macula déjà atteinte. Le monofocal reste alors le choix privilégié.
J’ai un glaucome débutant et stable. Puis-je envisager un implant premium ?
C’est envisageable au cas par cas. Un glaucome débutant, bien contrôlé, sans atteinte du champ visuel central, ne ferme pas nécessairement la porte. Un glaucome évolué ou un déficit central invite en revanche à préférer le monofocal. La décision se prend après évaluation du nerf optique et du champ visuel.
Pourquoi le multifocal réduit-il le contraste ?
Parce qu’il partage la lumière entrante entre plusieurs foyers pour offrir une vision nette à plusieurs distances. Chaque foyer reçoit donc une fraction de la lumière, ce qui rend l’image un peu moins contrastée qu’avec un monofocal qui concentre toute la lumière sur un seul plan.
L’EDOF est-il compatible avec une DMLA ?
L’EDOF a un profil de halos et de contraste un peu plus favorable que le trifocal, mais il partage lui aussi la lumière et exige une macula saine. Ce n’est pas une solution de contournement de la DMLA. En présence d’une maculopathie significative, le monofocal reste préférable.
Le monofocal signifie-t-il que je verrai mal ?
Non. Le monofocal offre une vision de loin nette et un contraste préservé, souvent le confort le plus fiable pour un œil fragilisé. Vous porterez des lunettes pour lire de près. Ce n’est pas un lot de consolation mais un choix qui protège votre qualité de vision sur la durée.
Je suis astigmate et j’ai une DMLA. Quelle solution ?
Un implant monofocal torique est souvent la réponse adaptée. La version torique corrige l’astigmatisme pour une vision de loin nette, sans imposer le compromis de contraste d’un multifocal. Vous conservez ainsi le contraste préservé, précieux quand la macula est déjà atteinte.
Quand la décision d’implant est-elle prise ?
Au bilan préopératoire, jamais par défaut. Il comprend un OCT maculaire et, si besoin, une évaluation du nerf optique et du champ visuel. Ces examens objectivent votre réserve visuelle. La chirurgie et la pose de l’implant ont ensuite lieu à la Clinique Sainte-Geneviève, les bilans et le suivi au cabinet.
Rédigé et relu par le Dr Moïse Tourabaly, ophtalmologue chirurgien réfractif — ancien chef de clinique (CHNO des Quinze-Vingts).
Dernière mise à jour : 14 juillet 2026




