Membrane épi-rétinienne : symptômes, diagnostic et prise en charge

La membrane épi-rétinienne (MER), parfois appelée « membranule » dans le langage courant, est un fin tissu cicatriciel qui se forme à la surface de la macula et qui, en se contractant, déforme la vision centrale. Elle concerne principalement les patients de plus de 60 ans et se manifeste par des lignes droites perçues comme ondulées (métamorphopsies) et une baisse progressive de l’acuité visuelle.

COMPRENDRE

Qu’est-ce qu’une membrane épi-rétinienne ?

La macula est la zone centrale de la rétine, responsable de la vision fine (lecture, reconnaissance des visages, conduite). Une membrane épi-rétinienne, abrégée MER, est une fine pellicule de cellules fibro-gliales qui se développe à la surface de la macula, juste au-dessus de la limitante interne de la rétine.

Cette membrane est avasculaire et translucide à ses débuts. Avec le temps, elle se contracte et plisse la rétine sous-jacente, comme une fine pellicule de cellophane qui se rétracterait sur un papier. Ce sont ces plis et cette traction tangentielle qui altèrent la fonction visuelle.

On parle aussi de :

  • Maculopathie cellophane (forme débutante translucide)
  • Pucker maculaire (forme évoluée avec contraction marquée)
  • Membrane prémaculaire
Personne senior lisant un livre — symptômes de distorsion visuelle

SYMPTÔMES

Quels sont les symptômes ?

Les symptômes apparaissent souvent insidieusement, sur plusieurs mois, et touchent typiquement un seul œil dans un premier temps.

Métamorphopsies (lignes droites qui ondulent)

C’est le signe le plus évocateur. Les patients décrivent des lignes droites qui paraissent courbées ou ondulées : cadres de portes, lignes d’un texte, tuiles d’un toit, joints de carrelage. Le test de la grille d’Amsler, que vous pouvez réaliser à domicile en couvrant alternativement chaque œil, met facilement en évidence cette déformation.

Baisse de l’acuité visuelle progressive

L’acuité visuelle diminue lentement. Beaucoup de patients consultent quand elle est passée de 10/10 à 6 ou 7/10. La gêne se manifeste pour la lecture, la couture, la conduite de nuit.

Micropsie (les objets paraissent plus petits)

La traction de la membrane sur la macula écarte les photorécepteurs : un objet projeté sur la rétine occupe alors une surface plus grande qu’à l’œil sain. Le cerveau interprète l’image comme étant plus petite. Cette micropsie est responsable d’une aniseikonie (différence de taille entre les deux yeux) qui peut beaucoup gêner la vision binoculaire.

Scotome central léger

Plus rarement, certains patients décrivent une zone légèrement floue au centre, sans tache noire franche. Un scotome central marqué doit faire évoquer un autre diagnostic, notamment un trou maculaire associé.

Auto-évaluation à domicile — la grille d’Amsler est un carré de lignes droites avec un point central. Vous fixez le point, un œil après l’autre, à 30 cm. Si des lignes vous paraissent ondulées, manquantes ou déformées, prenez rendez-vous pour un examen de la rétine.

QUI EST CONCERNÉ

Qui est concerné ?

Les facteurs de risque

La MER est avant tout une pathologie liée au vieillissement du vitré et à son décollement postérieur :

  • Âge : la prévalence est d’environ 7 % entre 60 et 69 ans et dépasse 11 à 12 % après 70 ans dans plusieurs études populationnelles Mitchell 1997
  • Décollement postérieur du vitré (DPV) : principal mécanisme déclenchant
  • Diabète : la rétinopathie diabétique favorise la prolifération fibro-gliale (voir notre page sur le diabète et rétine)
  • Antécédents de déchirure rétinienne, photocoagulation, occlusion veineuse
  • Inflammations intra-oculaires (uvéites)
  • Chirurgie de la cataracte récente
  • Myopie forte

MER idiopathique vs secondaire

Dans environ deux tiers des cas, la MER est dite idiopathique : elle survient sur un œil par ailleurs sain, simplement en conséquence du décollement postérieur du vitré. Dans le tiers restant, elle est secondaire à une pathologie identifiée (diabète, post-chirurgie, post-inflammatoire). Cette distinction guide le bilan complémentaire et parfois le pronostic.

Examen OCT — tomographie en cohérence optique de la rétine

DIAGNOSTIC

Le diagnostic : l’OCT maculaire indispensable

L’examen clinique du fond d’œil suffit à suspecter une MER (reflet brillant cellophane, plis rétiniens, vaisseaux tortueux). Mais le diagnostic de certitude repose sur la tomographie par cohérence optique (OCT) maculaire.

L’OCT spectral domain réalise une coupe en haute résolution de la rétine. Elle visualise directement la membrane comme une ligne hyperréflective au-dessus de la limitante interne, mesure l’épaisseur maculaire, recherche un œdème, un pseudo-trou ou un trou maculaire associé.

La classification OCT de Govetto Govetto 2017 distingue 4 stades selon la préservation des couches rétiniennes et la forme de la fovéa :

  • Stade 1 : dépression fovéolaire conservée, couches rétiniennes nettes
  • Stade 2 : disparition de la dépression fovéolaire, couches préservées
  • Stade 3 : couches rétiniennes ectopiques internes visibles, dépression absente
  • Stade 4 : désorganisation diffuse des couches, membrane épaissie

Cette classification est utile car elle est corrélée à l’acuité visuelle pré-opératoire et au pronostic fonctionnel.

Dans mon cabinet à Paris 13, je dispose d’un OCT spectral domain qui permet de poser le diagnostic en quelques minutes et d’assurer le suivi évolutif sans dilatation pupillaire à chaque consultation.

TRAITEMENT

Faut-il toujours opérer ?

Non. Une MER n’évolue pas systématiquement et n’impose pas une chirurgie d’emblée. La décision tient compte du retentissement fonctionnel, de l’évolutivité et de l’œil concerné.

Surveillance simple

Une MER peu symptomatique, avec une acuité conservée (≥ 7-8/10) et des métamorphopsies discrètes, justifie une simple surveillance. Le rythme habituel est :

  • Un contrôle à 3-6 mois, puis annuel si stabilité
  • OCT maculaire systématique
  • Auto-surveillance par grille d’Amsler à domicile

Indications opératoires

La chirurgie est proposée lorsque la MER altère significativement la qualité de vie :

  • Acuité visuelle < 5 ou 6/10 sur l’œil atteint
  • Métamorphopsies invalidantes pour la lecture, la conduite, le travail
  • Aniseikonie gênant la vision binoculaire
  • Évolutivité documentée sur deux OCT successifs (épaississement maculaire, baisse d’acuité)
  • Trou lamellaire ou pseudo-trou symptomatique associé

TRAITEMENT

La chirurgie : vitrectomie et pelage

Le déroulement

L’intervention se déroule au bloc opératoire de la Clinique Sainte-Geneviève, en chirurgie ambulatoire, sous anesthésie locale péri-bulbaire. Elle dure 30 à 45 minutes.

Trois micro-incisions de 0,5 mm (trocarts 25 ou 27 gauges) sont réalisées dans la sclère, à 4 mm du limbe. Elles permettent l’introduction d’une lumière, d’une perfusion et de la sonde de vitrectomie. Les étapes principales :

  1. Vitrectomie centrale : retrait du gel vitréen
  2. Coloration de la membrane par un colorant spécifique (Bleu de Coomassie, MembraneBlue-Dual ou Brilliant Blue G) qui permet de la visualiser
  3. Pelage à la pince : la membrane est saisie au bord et retirée d’un seul tenant
  4. Pelage éventuel de la limitante interne (ILM) sous coloration
  5. Inspection de la rétine périphérique à la recherche de déchirures
  6. Tamponnement par air, gaz ou simplement BSS selon les cas

Faut-il peler la limitante interne (ILM) ?

La question du pelage systématique de l’ILM en complément du pelage de la MER fait l’objet de plusieurs études. Une méta-analyse récente Fung 2017 conclut que le pelage de l’ILM réduit le taux de récidive de la membrane épi-rétinienne sans modifier significativement le gain d’acuité visuelle finale.

Mon attitude personnelle est de peler l’ILM en cas de MER épaisse, contractile, ou récidivante, et de la respecter sur les MER fines avec macula peu plissée. Cette décision est discutée au cas par cas.

Anesthésie et durée

L’anesthésie locale péri-bulbaire (injection à proximité du nerf optique) est confortable et permet une récupération immédiate. L’anesthésie générale est réservée aux patients très anxieux ou aux situations particulières. L’hospitalisation est ambulatoire : entrée le matin, sortie en début d’après-midi.

TRAITEMENT

Suites post-opératoires

Positionnement (si gaz)

Si du gaz a été injecté à la fin de l’intervention (rare dans les MER simples sans trou maculaire), un positionnement face vers le sol peut être demandé pendant quelques jours. Vous ne pourrez ni prendre l’avion ni monter en altitude tant que la bulle n’est pas résorbée (2 à 6 semaines selon le gaz).

Calendrier de récupération visuelle

La récupération est progressive sur 3 à 6 mois. Vous pouvez vous attendre à :

  • Semaine 1 : vision floue, paupière parfois œdématiée, sensation de corps étranger
  • Semaine 2 à 4 : amélioration des métamorphopsies, début de récupération d’acuité
  • Mois 1 à 3 : gain d’acuité progressif, atténuation marquée des lignes ondulées
  • Mois 3 à 6 : stabilisation, bilan fonctionnel définitif

Les collyres post-opératoires (anti-inflammatoires et antibiotiques) sont prescrits pendant 4 à 6 semaines. La conduite est généralement reprise à 1-2 semaines selon l’acuité de l’autre œil.

Cataracte induite

La vitrectomie accélère le développement d’une cataracte chez les patients phakes (qui ont encore leur cristallin naturel). Plus de 60 % des patients de plus de 55 ans développeront une cataracte significative dans les 1 à 2 ans suivant la vitrectomie Cherfan 1991. Pour cette raison, je propose souvent une chirurgie combinée : phaco-vitrectomie en un temps, qui retire à la fois le cristallin (remplacé par un implant) et la membrane. Cette stratégie évite une seconde intervention quelques mois plus tard.

Récupération visuelle après chirurgie rétinienne

RÉSULTATS

Résultats attendus

Les résultats fonctionnels d’un pelage de MER sont globalement favorables, sans être systématiques. Les études Dawson 2014 rapportent :

  • Un gain moyen de 2 lignes d’acuité visuelle (équivalent +0,2 à +0,3 LogMAR) à 6-12 mois
  • Une amélioration des métamorphopsies chez environ 70 à 85 % des patients opérés
  • Une réduction de l’épaisseur maculaire sur l’OCT post-opératoire

Il faut savoir que :

  • Les métamorphopsies peuvent persister à un degré moindre, sans toujours disparaître complètement
  • Le gain d’acuité dépend de l’acuité pré-opératoire et de l’ancienneté de la membrane
  • Une intervention précoce, lorsque l’acuité commence à baisser, donne en moyenne un résultat fonctionnel plus favorable qu’une chirurgie tardive sur une macula très altérée

RISQUES

Risques et complications

Comme toute chirurgie intra-oculaire, la vitrectomie comporte des risques, qui restent peu fréquents :

  • Cataracte induite (la plus fréquente, environ 60-80 % à 2 ans chez le phake)
  • Déchirure et décollement de rétine : 1 à 5 % selon les séries
  • Endophtalmie (infection intra-oculaire) : moins de 1/2000 cas
  • Hypertonie oculaire transitoire post-opératoire
  • Œdème maculaire cystoïde post-opératoire (souvent régressif sous collyres)
  • Récidive de la MER : 5 à 15 % selon que l’ILM a été pelée ou non
  • Persistance des métamorphopsies : signalée par 15 à 30 % des patients

L’examen pré-opératoire et l’information détaillée permettent de discuter de ces risques au regard du bénéfice attendu.

FAQ

Questions fréquentes

La membrane épi-rétinienne peut-elle revenir après chirurgie ?

Oui, une récidive est possible dans 5 à 15 % des cas, davantage lorsque la limitante interne (ILM) n’a pas été pelée en complément. Le pelage de l’ILM réduit ce risque sans dégrader le résultat fonctionnel.

Combien de temps pour récupérer après pelage de MER ?

Comptez 3 à 6 mois pour la récupération visuelle complète. Les métamorphopsies s’améliorent en général dès le premier mois, l’acuité visuelle continue de progresser jusqu’à 6 mois.

Faut-il opérer les deux yeux ?

Pas systématiquement. La MER est souvent bilatérale mais asymétrique. Chaque œil est évalué indépendamment selon ses symptômes, son acuité et son OCT. Un œil peut être opéré, l’autre simplement surveillé.

La MER peut-elle entraîner la cécité ?

Non. La membrane épi-rétinienne ne provoque pas de cécité. Elle altère la vision centrale fine, mais la vision périphérique reste intacte. Même non opérée, l’évolution se fait habituellement sur des années, sans perte de la perception lumineuse.

Pourquoi je vois moins bien après l’opération les premières semaines ?

C’est habituel. La rétine doit récupérer du traumatisme du pelage, l’œdème post-opératoire est progressif, et la cataracte évolutive peut elle-même flouter la vision. La récupération s’étale jusqu’à 6 mois.

Le suivi se fait-il à Paris 13 ?

Oui. Le bilan diagnostique (OCT maculaire, mesure de l’acuité, examen du fond d’œil) et le suivi pré- et post-opératoire se font au cabinet de Paris 13. La chirurgie elle-même est réalisée à la Clinique Sainte-Geneviève.

Une MER peut-elle se transformer en trou maculaire ?

C’est rare. Certaines MER contractiles peuvent évoluer vers un trou lamellaire ou plus exceptionnellement un trou maculaire de pleine épaisseur. L’OCT permet de surveiller cette évolution.

Sources scientifiques

  1. Mitchell P, Smith W, Chey T, Wang JJ, Chang A. Prevalence and associations of epiretinal membranes. The Blue Mountains Eye Study, Australia. Ophthalmology. 1997;104(6):1033-1040. PMID 9186446
  2. Govetto A, Lalane RA 3rd, Sarraf D, Figueroa MS, Hubschman JP. Insights Into Epiretinal Membranes: Presence of Ectopic Inner Foveal Layers and a New Optical Coherence Tomography Staging Scheme. Am J Ophthalmol. 2017;175:99-113. PMID 27993592
  3. Fung AT, Galvin J, Tran T. Epiretinal membrane: A review. Clin Exp Ophthalmol. 2021;49(3):289-308. PMID 33656784
  4. Cherfan GM, Michels RG, de Bustros S, Enger C, Glaser BM. Nuclear sclerotic cataract after vitrectomy for idiopathic epiretinal membranes causing macular pucker. Am J Ophthalmol. 1991;111(4):434-438. PMID 2012145
  5. Dawson SR, Shunmugam M, Williamson TH. Visual acuity outcomes following surgery for idiopathic epiretinal membrane: an analysis of data from 2001 to 2011. Eye (Lond). 2014;28(2):219-224. PMID 24310238

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Cabinet de Paris 13 · Tél. 01 45 47 08 11

Disclaimer

Cet article a visée informative. Un avis ophtalmologique personnalisé reste indispensable pour toute décision thérapeutique.

Cet article a une vocation d’information générale et ne se substitue pas à une consultation médicale. Le diagnostic d’une membrane épi-rétinienne nécessite un examen ophtalmologique complet avec OCT maculaire. La décision opératoire est prise au cas par cas, après évaluation du bénéfice attendu et information détaillée du patient. Pour toute question concernant votre vision, consultez un ophtalmologiste.

Rédigé et relu par le Dr Moïse Tourabaly, ophtalmologue chirurgien réfractif — ancien chef de clinique (CHNO des Quinze-Vingts).

Dernière mise à jour : 6 juillet 2026

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